¬ Prologue à un opéra polémiste

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« Le rôle de l’astrologie dans le développement des mathématiques, de la physique, de la technologie et de la médecine a été à la fois dénaturé et sous-estimé ; la science contemporaine a restitué la perspective propre à cette activité. Nous traitons ici d’une « préscience » et d’une science ratée. L’astrologie ne peut être appelée fausse science ou pseudoscience que dans la mesure où elle est pratiquée avec tromperie consciente¹. »
Philip J.Davis – Reuben Hersch

 

Quand on voyage dans le désert sous un soleil torride, il est surprenant de voir une oasis. Serait-ce un mirage ? Non, ce texte rafraîchissant dans le désert des publications honnêtes envers l’astrologie est authentique, à lire en pesant tous les mots. Passé l’émotion, la raison revient. Pour les oasis culturels, il n’y a pas que l’Amérique sur Terre. En Europe, nous avons les livres de Germaine Aujac, Paul Feyerabend, Jean-Marc Lévy-Leblond, Gérard Simon, Pierre Thuillier. Je ne cite que des spécialistes de l’histoire des sciences. Ils ont eux aussi rafraîchi les mémoires².

 

A tête reposée, sous les palmiers, reviennent les questions. Faut-il être historien pour parler d’astrologie sans rage, ni mépris ? A part les historiens, y a-t-il des corporations qui reconnaissent la contribution des astrologues à l’édification d’un savoir collectif ? Réponse de bon sens : les historiens qui n’asservissent pas événements et documents à une idéologie, font leur métier en exposant des faits dans leur contexte. Dans la diversité des sciences, chaque discipline dispose d’un héritage dont les successeurs peuvent se passer de connaître les origines (les utilisateurs les ignorent). A un chimiste dans un laboratoire, il importe peu de connaître les instruments, motivations, manipulations des alchimistes précurseurs. Ceux qui les connaissent, discrets sur les liens de l’astrologie avec l’alchimie, sont désormais autorisés à compter Newton dans leurs augustes références. Qu’ils connaissent ou non Galien, Hippocrate, Paracelse, les biologistes, les médecins, ne crachent pas sur leurs œuvres.

 

Lorsqu’on n’est pas archéologue ou historien, le passé est traité avec déférence, indifférence ou ignorance. Par contre, pour la science moderne, l’oubli de l’histoire : « … n’est pas seulement un fait, mais une valeur, revendiquée même par certains de ses meilleurs exégètes ». Car, poursuit Jean-Marc Lévy-Leblond : « Au début du XXe siècle, le philosophe des sciences A.N.Whitehead n’a pas hésité à ouvertement proclamer cette thèse, souvent reprise depuis lors : Une science qui hésite à oublier ses fondateurs est perdue.»

 

La science est devenue « présentiste ». D’un présentisme potentiellement dangereux… Faisons sauter la bombe, on verra bien après. Et si la planète Terre explose un jour ? On ira sur Mars perfectionner nos essais. Avec un peu de jugeote plutôt qu’une philosophie démesurée, l’avenir condamne la thèse de Whitehead à être oubliée … donc, à remettre le passé en selle.

 

Dans leur combat sanitaire contre l’astrologie, astronomes et astrophysiciens bénévoles, doivent affronter un présent pandémique impossible à supprimer, quand bien même le voudraient-ils. Les historiens non-engagés dans leur mission, ne minimisent pas l’origine mystico-mathématique de l’astrologie, inventée par les premiers astrologues-astronomes de Mésopotamie (un désert). Ils ne traitent pas Claude Ptolémée, astronome, astrologue, géographe, d’esprit faux, parce que concepteur d’une astronomie géocentrique ; ils n’escamotent pas la « croyance » d’Hipparque au zodiaque des Signes alors qu’il est le découvreur de la précession des équinoxes ; ils respectent la mémoire de Kepler découvrant les lois de l’astronomie moderne en cherchant une explicative de l’astrologie.

 

La pire engeance est la confusion du grand public entre astrologie et astronomie au prétexte d’une origine commune. L’oubli du passé étant inefficace, les documents irrécusables, les victimes irritées d’un injuste amalgame martèlent leur différence de véritables scientifiques face à des rêveries à bannir d’une société aseptisée (par les sceptiques). Ainsi s’expliquent le ton et contenu de la littérature anti-astrologique axée sur la volonté exaspérée de creuser l’abîme entre la majesté de l’astronomie, auréolée de raison et d’humilité, et la mesquinerie des horoscopes quotidiens flattant les vanités humaines. On comprend le ressentiment des affligés et leurs réactions viscérales, sauf lorsqu’elles confinent à une forme de racisme, avec ses censures, ses entorses, ses erreurs. Que penser de cet astrophysicien interdisant aux astrologues « le beau langage de la science » ? De cet autre pour qui « L’astrologie nous fait régresser à l’âge des ténèbres ». D’un directeur d’Observatoire de Paris appelant, de son vivant, une mobilisation urgente de tous les enseignants contre l’astrologie. Que dire des Prix Nobel signant une pétition anti-astrologique (un gouffre d’ignorance et d’inculture dénoncé par P.Fereyabend) ? Et de ce sociologue expliquant la dominante féminine en la « croyance » astrologique par « le fond secret mythologique et magique » de la femme, trop longtemps ménagère au foyer ? Quant aux erreurs, entorses à la géométrie, la logique, l’astrométrie élémentaire (confusion consciente entre Signes et Constellations, cercle supérieur à 360°, satellites et accoucheurs confondus aux planètes) les exemples foisonnent dans cet Opéra.

 

Les universitaires mobilisés ou non contre l’astrologie, se rejoignent sur un point : que son passé soit ou non prestigieux, l’astrologie n’a plus rien à nous apprendre, sa dynamique est morte, enterrée dans l’opposition du symbolisme au réel − et l’irrationnel − des signaux. Certes, avec l’impuissance des censeurs devant le développement de moyens d’expressions incontrôlables, l’indifférence des scientifiques résistant aux phobies, l’astrologie de consommation « a de beaux jours devant elle » (je cite) mais, faute de crédits et de crédibilité, les explorations physico-mathématiques sont ana-chroniques. L’astrologie des fondateurs est devenu le trampolino de métaphysiciens voltigeurs. Pour la science « Objet » pure et dure, le profil du savant, responsable infaillible, s’est mué en grosses têtes de savants fous, proliférant dans certaines séries télévisées et les BD.

 

Majoritairement les astrologues ne demandent qu’à entrer dans la légalité, en épurant la corporation des auteur(e)s des horoscopes de presse. Sachant qu’il leur faut amadouer la vindicte rationaliste, ils exhibent leurs statistiques et leurs prévisions réussies, assorties d’un discours d’indiens au drapeau blanc : « Vous n’avez rien à craindre, nos planètes ne sont pas les vôtres, elles sont intérieures, on n’empiétera jamais sur votre territoire, d’ailleurs on ne comprend rien à vos théories. D’abord, nous, on n’a pas de théorie, on est stable de ce côté-là. Alors, partageons-nous le ciel, vous celui du dehors, nous celui du dedans (proposition authentique). » Les astronomes anti- ne sont pas démesurés au point de croire que des planètes « psychiques », évoluent suivant les éphémérides des physiques. Imaginez une fable de La Fontaine, avec le loup et le mouton négociateur : « Partageons-nous la montagne, je ne broute que de l’herbe, vous n’en mangez pas. »

 

Les propositions conditionalistes invitent les critiques à respecter leur déontologie. Les historiens font leur métier, les scientifiques devraient faire le leur, en partant d’autres a priori que systématiquement négatifs pour résoudre une énigme séculaire : « Jusqu’où s’étend l’environnement terrestre et son influence ? » Dans cet Opéra il y a des « coïncidences » favorables à l’astrologie naturelle parce que je suis parti d’un a priori positif : les inventeurs de l’écriture, les Ptolémée, Cardan, Kepler, Copernic, ceux qui ont pensé, pratiqué l’astrologie, grands noms du passé ou inconnus du présent, ne méritent pas un diagnostic de déficience intellectuelle, crédulité infantile. Jugements préconçus, partis pris volontaristes. Il ne suffit plus d’être de sexe faible, ignorants, pour «croire » à l’astrologie et douter des certitudes de ses négateurs. Selon les dernières enquêtes sociologiques, les intellectuels, les artistes, les ingénieurs ont grossi le camp des crédules. Commentaire des perdants : ce ne sont là que des semi-érudits. Pour être vraiment protégé, il faut de hautes connaissances scientifiques. Celles des astronomes, par exemple.

 

Autrefois, écrivent les mathématiciens P.J.Davis et R. Hersch « pour pratiquer l’astrologie dans ses formes intensives, il fallait connaître l’astronomie, les mathématiques, la médecine, et bien d’autres sciences, car ses méthodes étaient compliquées. » Aujourd’hui, pour conspuer l’astrologie, il suffit d’être astronome et pour être astrologue, à l’inverse des conditionalistes, les écoles « traditionnelles », ne s’encombrent pas de cosmographie, (l’enseignement secondaire aussi) .

Je ne me soucie pas d’être érudit à moitié, au tiers ou au dixième. Avant d’apprendre dans les livres, on apprend de soi-même dans le « livre ouvert de la Nature » où il n’y a pas que les cercles, les triangles, les carrés, les mathématiques de Galilée, mais des messages qui s’adressent aux sens, des perceptions inconscientes qui resurgissent plus tard chez les adultes sous formes écrites, quelquefois polémistes.

 

Je me souviens avoir commencé à penser dès la petite enfance, jusqu’à 6 ou 7 ans, en ne pensant à rien qu’à observer le cadre blafard d’un milieu modeste. Gamin actif, j’ai appris la gravité et la cohérence d’un système physique en grimpant aux arbres. J’ai appris ainsi, au fil des jeunes années, à connaître quelques variétés, à les classer par ordre de grandeur, de beauté, de dureté, de flexibilité (les hêtres sont de bons géants d’une entière fiabilité). A 12 ans, en sautant pieds joints d’un plongeoir haut de plusieurs étages, j’ai dû comprendre l’accélération de la pesanteur. J’ai compris les symétries et l’ésotérisme en regardant le plafond et le ciel dans un miroir tout en marchant (alors, le haut et le bas ne font qu’Un, chacun à sa place). J’ai appris la transformation des contraires avec la mer caressant les galets aux beaux jours pour les projeter, les jours de fureur aux vagues déchaînées, sur les routes et les quais inondés. Appris la mécanique des forces par le coup de poing ; l’existence des ghettos en habitant le vieux-Nice, et des interdits silencieux en découvrant un petit livre d’astrologie. Personne ne m’avait prévenu. Surtout pas « le beau langage ».


La réalité s’apprend hors et sans le savoir, hors et sans le Savoir.

 

Si le livre de la Nature est un livre ouvert, ceux qui s’acharnent à déchirer les pages pro-astrologiques, perdent leur temps. Pour eux la transformation des contraires s’est amorcée, via les secrets de la matière.

 

Vous retrouverez toutes ces impressions rémanentes dans cet Opéra.

D’ores et déjà retenez vos places, inscrivez-vous en écrivant au COMAC – 83170 Tourves, pour retenir un livre de 500 pages qui fera du bruit dans le landernau anti-astrologique.

 

 

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¹ – Philip J.Davis, Reuben Hersch, L’Univers Mathématique, traduction de l’ouvrage « The mathematical experience », editions Birkhäuser, Boston, 1982 ; éditions Bordas, Paris, 1985 pour la traduction et adaptation française de L.Chambadal. Les auteurs sont deux mathématiciens de haut niveau.

² – Germaine Auriac, Claude Ptolémée, astronome, astrologue, géographe, Editions du CTHS, Paris, 1993. Paul Feyerabend, Dialogues sur la connaissance, Editions du Seuil, 1996. Jean-Marc Lévy-Leblond, La science en mal de culture, Futuribles, Paris, 2 Gérard Simon, Kepler astronome-astrologue, Editions Gallimard, 1979. Pierre Thuillsier, D’Archimède à Einstein, Editions Fayard, 1988.